[Startups à suivre] Glass’yourself : personnaliser ses lunettes en ligne et les imprimer en 3D

Proposer des lunettes sur mesure grâce à l’impression tridimensionnelle, tel est le pari de Glass’yourself, startup roubaisienne. Hébergé par OVH.com, le projet associe des technologies web de reconnaissance faciale et de 3D pour dématérialiser un business dans lequel la gestion des stocks est une gageure. Sans toutefois se couper des opticiens et de leur indispensable réseau de proximité. Rencontre avec Sébastien Roger, à l’origine de Glass’yourself.

Redonner de la valeur à un objet grâce aux nouvelles technologies

Avec un prix moyen de 470 €, la France détient le record de la cherté des lunettes. Raison pour laquelle le remboursement des mutuelles pour les montures optiques a été plafonné en avril 2015, et conditionné à un remboursement tous les deux ans (excepté pour les enfants et en cas de changement de correction). « En France, les montures sont vendues très cher, explique Sébastien, mais le prix n’est pas lié à la qualité du produit ou à son originalité. Il est essentiellement composé de la marge des différents intermédiaires : les marques qui exploitent les licences, les designers, les fabricants, les grossistes, puis les opticiens. Notre projet n’est pas de casser les prix – certains s’y emploient, en adoptant un modèle 100 % online – mais de redonner de la valeur à un accessoire que l’on renouvellera désormais moins souvent, grâce à la customisation. »
La personnalisation des lunettes fabriquées par Glass’yourself est aujourd’hui essentiellement esthétique. 10 modèles originaux (bientôt enrichis par 4 modèles supplémentaires spécialement adaptées pour les lunettes de vue) ont été créés conjointement par un lunettier et une styliste. L’utilisateur peut choisir la couleur et la texture de la face et des branches, ou encore graver un texte dans la monture. Demain, la personnalisation sera aussi morphologique (longueur et écartement des branches, adaptation au nez du porteur, etc.), avec un dimensionnement facial réalisé sur la base de trois cotes principales enregistrées via une simple webcam. « De plus, puisque nous maîtrisons l’ensemble de la chaîne de production, nous pouvons imaginer des options inédites. Par exemple inclure dans la monture une puce RFID qui permettra à son propriétaire de retrouver ses lunettes à l’aide d’une application pour smartphone. Autre avantage, en cas de casse, nous pourrons fournir au client une branche ou une face sur demande, quand bien même nous ne proposerions plus son modèle. Mieux : le client pourrait fabriquer lui-même la pièce dans un fablab près de chez lui, grâce au fichier .stl (stéréolithographie) que nous lui aurons fourni... Sous réserve que la qualité des imprimantes 3D les plus répandues augmente. » Car, pour fabriquer ses montures, Glass’yourself, recoure à deux types d’impression 3D. L’impression par dépôt de matière fondue (extrusion de plastique) pour réaliser des prototypes très rapidement, et le procédé frittage sélectif par laser, dont la définition est bien meilleure, pour les montures définitives.

Réduire au minimum l’investissement en infrastructure

Antoine Kindt s’est chargé de développer l’application web de Glass’yourself, indispensable à la réussite du projet. L'application permet au client de personnaliser un ou plusieurs modèles, de visualiser en temps réel, sur une représentation 3D, les modifications effectuées et de les sauvegarder. Il peut également essayer virtuellement la monture qu’il vient de créer, ceci grâce à sa webcam. « J’utilise Three.js pour créer la scène 3D au sein du navigateur (en WebGL), et je me suis basé sur la technologie Reality Face Nxt de la société allemande Beyond pour la reconnaissance faciale qui permet aux lunettes de se positionner parfaitement sur le visage du client, et de suivre ses mouvements. L’avantage de ces technologies est qu’elles sont peu coûteuses en ressources côté serveur : les calculs sont réalisés par le poste du client. L’inconvénient, c’est que ces technologies HTML5/Javascript ne sont pas encore supportées par tous les navigateurs. » Autre option pour le client : se rendre chez un opticien partenaire, qui l’aidera à personnaliser sa monture et pourra la lui faire découvrir en trois dimensions dans son magasin grâce à un hologramme connecté conçu par Glass’yourself.

« Aujourd’hui, un Hébergement Web d’OVH.com suffit à héberger notre application, et même à supporter les pics de charge liés au lancement de notre campagne de financement sur Kickstarter ou à notre passage télé récent sur France3. Demain, nous aurons besoin de ressources supplémentaires. Construire le fichier .stl d’une monture personnalisée, après que le client a passé commande, sur la base d’un aperçu 3D, peut prendre jusqu’à une heure. Idéalement, ces traitements aujourd’hui peu nombreux et réalisés dans nos locaux, devront être externalisés et parallélisés sur des instances Public Cloud, facturées à l’heure. Par ailleurs, nous allons concentrer nos efforts sur la collecte et l’analyse des données comportementales des utilisateurs de l’application pour nous améliorer. Notre valeur ajoutée, c’est la customisation, sur un marché où elle se résume aujourd’hui à clipser des accessoires made in china en plastique sur les branches. Mais, paradoxalement, notre réussite passera par notre capacité à guider le client à travers le choix pléthorique que nous lui offrons. Le choix est à la fois notre force et notre faiblesse. Le client peut s’y perdre, et ne jamais commander. En analysant les données, nous pourrons mettre en avant les modèles les plus regardés, les plus personnalisés, recommander d’autres modèles en fonction de la monture sélectionnée, et faire évoluer nos collections, ajouter des couleurs et des modèles saisonniers… À notre échelle, on ne peut pas encore parler de Big Data. Mais la philosophie est celle du data driven-business. »

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