OVH.com en Pologne : un pôle de développement pour l’hébergeur

En 2004, c’est en Pologne qu’OVH.com implantait sa toute première filiale. Ce qu’Octave Klaba partait alors chercher dans son pays natal ? Quelques génies de l’informatique pour l’épauler dans ses nombreux projets. Installée à Wrocław, l’équipe s’est depuis étoffée pour partir à l’assaut du marché local, et constitue aujourd’hui une cellule de recherche et développement pour l’hébergeur, complémentaire à celle basée en France.

Une équipe impliquée dans les projets phares d’OVH

Parmi les 24 personnes qui composent aujourd’hui l’équipe de Wrocław, un tiers d’entre elles assiste les clients polonais. Le gros des troupes est composé d’administrateurs systèmes ou réseaux et de développeurs, lesquels sont désormais structurés en une véritable cellule de R&D. « Beaucoup de projets importants d’OVH, initiés en France, ont été accompagnés par la Pologne. En lien direct et permanent avec les équipes françaises, nous intervenions surtout dans la phase de recherche et de test des différentes technologies susceptibles de répondre à un cahier des charges. Nous avons ainsi guidé les choix d’infrastructure pour des produits tels qu’Hosted Exchange ou, plus récemment, hubiC, le CDN et l’offre de Public Cloud Storage », rapporte Kamil Wlodarczyk, responsable de la filiale. « Le déménagement vers de nouveaux locaux a été l’occasion de repenser notre organisation, dans le but de devenir un pôle de R&D auquel le pôle français peut confier des projets, depuis les premiers POC* jusqu’à la mise en production, en passant par les phases d’alpha et bêta internes puis externes et les nécessaires ajustements qui en découlent, pour améliorer la sécurité et la performance des services ». Une fois les produits stabilisés, le relai est passé aux équipes françaises, à Roubaix, Brest ou Lyon. La plateforme Openstack Swift mise en œuvre pour hubiC et « customisée » en Pologne a ainsi été reprise en main par l’équipe bretonne en août. Ce qui permet aux ingénieurs de Wrocław de se mobiliser, à plein temps, sur le développement des futures offres de Public Cloud par exemple…

Une quarantaine de recrutements prévus, dont la moitié pour la R&D

« L’activité de ce pôle R&D est vouée à croître rapidement. Parce que les projets s’enchaînent à un rythme effréné chez OVH, et parce que nous devons être très réactifs. Dès qu’une technologie apparaît, nous la testons. Elle peut se révéler correspondre à un besoin existant, ou nous inspirer l’idée de services qui n’existent pas encore. Voilà pourquoi nous cherchons actuellement à

recruter », explique Kamil, désignant les nombreux bureaux inoccupés sur le plateau que l’équipe investira bientôt, une fois les travaux achevés. Ces nouveaux locaux, situés dans la zone entièrement dévolue aux entreprises IT qui s’étire entre l’aéroport et la ville, peuvent accueillir jusqu’à 60 personnes.

Pour étoffer l’équipe, Agnieszka Bublis, la responsable locale du recrutement, a orchestré une campagne de communication d’envergure. Outre les portraits de Piotr et Tomasz, façon cliché d’identité judiciaire, qui s’étalent sur des panneaux 4 x 3 surmontés de la mention « Developers Wanted », OVH participe à tous les salons de la région dédiés à l’informatique. Et intervient dans les deux écoles de la ville qui forment des informaticiens, pour se faire connaître et repérer les élèves brillants.

Un marché de l’emploi très concurrentiel

Jusqu’alors, la discrétion d’OVH constituait un frein. « Ici, les gens sont fiers de travailler pour des sociétés de renommée internationale, telles qu’IBM, Nokia Siemens ou Google. Pour beaucoup, le prestige de l’employeur passe avant l’intérêt des missions. Mais les choses commencent à changer », confie Kamil. OVH suscite dorénavant de l’intérêt. Sa philosophie, ses méthodes de travail originales, son faible niveau de hiérarchie commencent à s’ébruiter. Et les candidatures affluent, malgré les nombreuses opportunités offertes aux génies polonais de l’informatique. « Les pays de la vieille Europe manquent cruellement d’informaticiens, ce dont OVH peut témoigner en France. Mais beaucoup choisissent néanmoins de rester au pays, à l’image de Piotr Sandaj-Michniewicz ou Kuba Slocinski, qui comptent parmi les tout premiers salariés d’OVH à Wrocław. » Bien sûr, ils pourraient exporter leurs compétences à l’ouest de l’Europe, voire aux États-Unis. Certains de leurs camarades, ayant décroché les premières places de prestigieux concours tels que les Microsoft Imagine, Google Code Jam ou TopCoder sont d’ailleurs probablement aujourd’hui établis dans la Silicon Valley. « Ce qu’il faut voir, c’est qu’OVH leur confie, ici, des missions à la hauteur de leur talent, des responsabilités, une grande liberté d’initiative, des perspectives d’évolution… Alors pourquoi partir ? », explique Kamil.

La chasse aux profils atypiques est ouverte

« Les grandes entreprises alentours diffusent des annonces d’une page format A4, noircie des compétences spécifiques dont le candidat doit disposer. Et ce, pour s’acquitter de tâches morcelées dans le cadre d’une organisation très tayloriste du travail. Ici, nous ne nous arrêtons pas au fait qu’un candidat maîtrise tel ou tel langage. De toute façon, pour travailler chez OVH, il faudra qu’il touche à tout », lance Kamil. De ce fait, les profils des nouveaux embauchés sont parfois déroutants. Pierre Ourdouillé, chef de projet chez OVH, se rend régulièrement à Wrocław et participe aux recrutements. « Récemment, nous avons reçu un diplômé d’astrophysique, brillant informaticien autodidacte. À la fin de l’entretien, il nous révèle être chasseur d’éclipses. En conséquence de quoi, s’il est engagé, il souhaite poser ses congés pour les 100 prochaines années. C’était à prendre ou à laisser. Nous avons pris, car nous sommes en quête de ces profils atypiques. En Pologne, poursuit Pierre, les gens se passionnent pour des tas de choses. Ils ont un bagage en sociologie ou philosophie, et parallèlement ils adorent démonter les objets, créer des sites, réparer leur voiture, bricoler des antennes Wi-Fi qu’ils hissent sur le toit de leur maison. Ils appellent cela avoir "des golden hands". Ils acquièrent ainsi énormément de compétences et une grande ouverture d’esprit, particulièrement utiles pour la R&D… une activité qui nécessite de se jeter avec entrain dans l’inconnu. » Kamil, que ses études de Sciences Politiques ne prédestinaient pas vraiment à travailler chez OVH, confirme.

Collaborer à 1 300 kilomètres de distance

« On ne parle pas bien anglais, eux non plus. Donc on se comprend à merveille », plaisante Pierre, qui travaille quotidiennement avec Wrocław. Car, en réalité, les Polonais maîtrisent bien la langue de Shakespeare. S’ils bénéficient de cours d’anglais, c’est davantage pour se perfectionner dans le langage non technique et atténuer un accent de l’Est parfois rugueux. En revanche, à leur demande, les Wrocławiens apprennent le français, rapporte Kamil, qui parle lui-même impeccablement notre langue. « Les équipes veulent parler français pour suivre toutes les discussions qui naissent à Roubaix et arrivent jusqu’en Pologne via les mailing-lists internes. » Du reste, travailler à 1 300 kilomètres de distance n’a pas toujours été une chose évidente. « On a beau disposer des meilleurs outils de communication possible, manqueront toujours les discussions de couloir. Au début, se souvient Pierre, je passais ma journée à expliquer par messagerie instantanée ce qu’il fallait lire entre les lignes, qui semblait si évident à Roubaix et demeurait nébuleux à Wrocław. » Puis la solution est naturellement venue… de la technologie. De part et d’autre, chaque collaborateur a été équipé d’un écran supplémentaire et d’une webcam, destinés à établir un contact visuel permanent. « Le matin, je salue mes collègues polonais comme s’ils se trouvaient physiquement dans le prolongement de mon bureau. Et dans la journée, je discute naturellement avec eux comme avec les collègues qui m’entourent », témoigne Pierre. Cependant, les contacts en chair et en os sont nécessaires et réguliers. Les équipes de Wrocław embarquent régulièrement pour la France, et inversement. L’occasion de renforcer les liens. Et de concevoir ensemble, un drôle de système d’alerte pour les urgences qui requièrent de mobiliser les troupes simultanément à Roubaix et Wrocław. D’une simple ligne de code – on ne se refait pas ! – le siège peut ainsi battre le rappel dans les bureaux polonais, déclenchant à distance un gyrophare et une sonnerie stridente. Le téléphone rouge, revisité par OVH.

* de l’anglais Proof of concept, il s’agit d’un prototype développé rapidement pour démontrer la faisabilité d’un projet, ou encore éprouver l’efficacité d’une technologie existante dans un contexte donné.

Wrocław, où sont installés les bureaux d’OVH, est la quatrième ville de Pologne. Située à l’ouest du pays, à quatre heures de route de Berlin et Prague, l’agglomération a connu un développement fulgurant depuis la chute du communisme. Elle est aujourd’hui une importante place économique. En témoigne la variété des langues entendues à l’aéroport Nicolas Copernic : français, anglais, allemand, finlandais, bengali, coréen, chinois… Ce que beaucoup viennent chercher ici, ce sont les compétences de jeunes informaticiens surdoués. Frais émoulus des filières informatiques de la Politechnika Wroclawska – 3e au rang national –, de l’école privée WWSIS ou stupéfiants autodidactes, ils sont plusieurs milliers à travailler à Wrocław pour le compte de multinationales du matériel informatique, des télécommunications, du logiciel ou encore au sein de grandes banques, pour lesquelles ils développent et maintiennent les systèmes d’information et de transactions financières. Depuis peu, Google compte même parmi les géants des nouvelles technologies implantés à Wrocław.

À la faveur d’une véritable culture de la débrouillardise et sous les effets d’une farouche volonté politique, l’informatique est en passe de devenir une véritable spécialité polonaise. « Le communisme a contribué à rendre les Polonais astucieux, observe Kamil. Face aux lourdeurs administratives et au manque d’à peu près tout, il fallait ruser et souvent recourir au système D. À chaque problème, une solution ! Cette philosophie, appliquée à l’informatique, contribue à faire des Polonais d’excellents développeurs, curieux, malins, persévérants, créatifs. » D’autre part, le précédent gouvernement polonais a érigé l’informatique en « secteur stratégique ». Avec l’ambition que celui-ci représente 15 % du PNB d’ici une dizaine d’années. Pour cela, le pays mise fortement sur la qualification de sa main d’œuvre. Et encourage, grâce à des dotations européennes, la modernisation des réseaux informatiques des PMI et PME. « En 1989, le pays était en retard sur tout. Aujourd’hui, nous avons un Wi-Fi gratuit dans la plupart des grandes villes », résume Kamil.

« En Pologne, OVH n’est pas encore connu à la hauteur de son potentiel », assure Kamil. Après 9 ans de présence, l’hébergeur est devenu la référence des initiés, qui viennent chercher un rapport qualité/prix imbattable. « Les concurrents nationaux eux-mêmes ne rivalisent pas, proposant des serveurs dédiés 40 à 50 % plus chers et moins performants. » La filiale revendique 100 000 clients hébergés sur les infrastructures mutualisées de la société. Des clients pour la plupart séduits par l’offre « 60 Mo gratuits » proposée de 2005 à 2009 dans le but de faire découvrir les services d’OVH au plus grand nombre. « Lorsque nous sommes arrivés sur le marché polonais, les clients étaient échaudés par de nombreuses arnaques. Des hébergements prétendument gratuits, qui vous engageaient en fait pour plusieurs années à des tarifs exorbitants. » C’est pourquoi OVH s’est lancé de cette façon, donnant l’occasion aux Polonais méfiants d’éprouver la qualité de ses services en toute transparence. Une démarche qui a fait ses preuves, puisqu’ils sont aujourd’hui nombreux à avoir évolué vers un serveur dédié. Parmi ceux-là figurent certains succès notables du web polonais, à l’instar de automapa.pl – n°1 en Pologne sur le marché des applications GPS – ou mediaexpert.pl – 3e site e-commerce de produits blancs, bruns et gris du pays. Plus généralement, OVH Pologne héberge un large panel d’activités, des web agencies et autres revendeurs aux radios en ligne, en passant par les sites de charme. Mais le marché reste, globalement, à conquérir. Et l’arrivée récente des offres de Cloud Computing d’OVH est une arme de choix pour mener ce combat. Deuxième filiale du groupe en termes de chiffre d’affaires, OVH Pologne espère bien profiter de la croissance économique continue du pays – le seul de l’Union Européenne à n’avoir pas connu de récession – pour contribuer encore davantage au développement de la société de la famille Klaba.