La santé : nouvel eldorado pour les objets connectés

Temps de lecture estimé : 9 minutes

Depuis quelques mois, les articles se multiplient à propos de l’échec annoncé des objets connectés dans leur conquête du grand public. La prise de conscience a commencé avec un article de Claude Soula pour le NouvelObs, qui citait Rafi Haladjian, l’inventeur du précurseur lapin connecté Nabaztag : « J’ai réalisé en voyant la surenchère de technologie autour de moi, quil y avait un problème. On était tous à se battre pour séduire les 2 % dhumains pouvant comprendre ou utiliser nos merveilleux objets », déclarait-il en évoquant le CES 2014 de Vegas auquel il participait pour y présenter « Mother », la mère-poule connectée qui a succédé au Nabaztag. Est-ce à dire que les objets connectés n’intéressent personne, comme le suggère le titre de l’article du NouvelObs ? Si les objets connectés « ludiques » se vendent de moins en moins, des débouchés sérieux se confirment dans le domaine de la santé.

30 objets connectés par foyer en 2020… pour quoi faire ?

Les analystes sont unanimes, le marché de l’IoT est un des secteurs porteurs de la tech. L’institut GfK prévoyait en 2015 que nous aurions 30 objets connectés par foyer à l’horizon 2020. Mais 30 objets pour faire quoi ?

Si beaucoup d’objets connectés ont du mal à s’imposer auprès du grand public, c’est finalement assez logique au regard de leur intérêt réel. Une fois retombée l’excitation qui entoure le lancement de telle ou telle nouveauté, l’utilité concrète de ces objets attrayants et bien marketés s’avère assez limitée.

L’engouement pour le quantified-self a servi de tremplin au lancement d’un tas d’objets promettant de mesurer, gamifier et coacher le moindre de nos faits et gestes quotidiens, du brossage de dents jusqu’au nombre de pas effectués chaque jour, en passant par la qualité de notre sommeil. Mais beaucoup de ces objets ont été délaissés par leurs propriétaires au fil des mois. Jusqu’à tomber dans l’oubli, entraînant dans leur perte les modèles économiques des concepteurs de ces objets, pour la plupart basés sur l’exploitation des données récoltées.

Phénomène de lassitude

Cette lassitude peut s’expliquer de plusieurs façons. Ceux qui comptaient faire un usage médical de ces objets ont constaté leur fiabilité toute relative. Les bracelets Fitbit ont ainsi été épinglés par une étude portant sur la fiabilité réelle du capteur de rythme cardiaque en 2016. Résultat : les sportifs se tournent vers des produits plus spécialisés, grâce auxquels ils peuvent adapter l’intensité de leurs efforts en fonction de mesures précises. Ceux qui ont un usage ludique de ces technologies ont quant à eux fini par s’apercevoir que leur smartphone, équipé d’un accéléromètre, était en mesure de compter aussi bien leurs pas qu’un podomètre connecté, qu’il faut penser chaque jour à loger au fond de sa poche… alors que leur téléphone s’y trouve déjà.

La société française Betterise Health Tech, qui développe des applications mobiles de thérapies digitales pour les établissements de soin ou les complémentaires santé fut parmi les premières à dénoncer l’opportunisme et le manque de sérieux des promesses marketing dans le secteur de la e-santé.

Aussi, elle s’est très vite entourée d’un comité scientifique, présidé par le docteur Michel Cymes, associé de la société. Et c’est ce comité, aidé par des journalistes scientifiques, qui conçoit et valide les conseils médicaux personnalisés dispensés aux utilisateurs de l’application en fonction de multiples critères liés au contexte (météo, pollution, horaire…), au profil (sur la base d’un questionnaire intelligent) et aux comportements (déclarés par l’utilisateur et décelés via les capteurs du téléphone ou des objets connectés compatibles).

Édouard Martinet, responsable produit chez Betterise Health Tech, confirme la désaffection des utilisateurs pour les bracelets connectés et autres podomètres grand public : « Ces objets étaient à la mode il y a 2 ans, c’est pourquoi nous avons rendu notre plateforme compatible avec la grande majorité des bracelets d’activité et autres podomètres du marché. Résultat ? Seulement 2 % de nos utilisateurs choisissent de connecter leur objet à leur compte…. En revanche, dans le cadre de nos services dédiés aux pathologies chroniques (Betterise Diabète par exemple), les dispositifs médicaux connectés sont centraux dans notre approche. Les données récoltées présentent un vrai intérêt, à la fois pour le suivi à distance du patient par son médecin et pour la personnalisation des conseils délivrés par notre application. »

Des objets connectés « fitness » aux dispositifs médicaux

S’ils n’ont pas tout à fait convaincu le grand public, les objets connectés sont pourtant la base d’une véritable révolution dans le domaine de la santé. Le suivi à distance des patients, la conception de « thérapies digitales » personnalisées (pour rependre le concept développé par Betterise), l’amélioration de nos connaissances sur les pathologies, la possibilité nouvelle de réaliser des diagnostics médicaux avec l’aide d’intelligences artificielles… tout cela nécessite des données. Et, qui mieux que le patient lui-même, équipe d’un objet connecté médical, peut produire cette masse de données ? De la même façon, quoi de mieux qu’un objet connecté (fusse le premier d’entre eux, le smartphone) pour faire de la prévention au quotidien, dispenser des conseils hygiéno-diététique ou encore aider à une meilleure observance des traitements médicamenteux via des notifications ?

Quand on parle d’objets connectés au service de la santé, la plupart de nos concitoyens pensent encore aux bracelets d’activité ou montres connectées… qui n’ont rien de dispositifs médicaux. Et dont les mesures n’ont aucune valeur scientifique reconnue. À l’inverse, les objets connectés reconnus comme dispositifs médicaux (DM) doivent être conçus et développés avec des standards de qualité et d’ergonomie bien précis.

Sylvie Poulette, consultante spécialisée dans l’innovation en santé, explique : « La certification DM concerne tout objet connecté revendiquant des intentions médicales, qu’il s’agisse de produire ou d’aider à produire un diagnostic, ou d’être utilisé à des fins thérapeutiques, conformément au nouveau règlement européen 2017/745 adopté le 16 juin 2016. Règlement auquel les fabricants doivent se soumettre dans un délai de 3 ans. » Sans quoi ils ne pourront plus communiquer sur un usage médical de leurs solutions, sous peine d’être retirés du marché.

Quand bien même la reconnaissance en tant que dispositif médical n’est pas le but ultime de tout objet connecté lié à la santé, on remarque que l’irruption du législateur dans ce business signe une nouvelle étape du marché vers sa maturité. Terminé les promesses marketing fantaisistes, place aux études médicales et aux preuves de conformité avec les différents règlements nationaux et européens, à l’image de la nouvelle gamme d’objets connectés de santé (tensiomètre, thermomètre…) développée par Nokia (qui a absorbé le français Withings en 2016). Ou à la co-conception des objets avec les équipes médicales, à l’instar des verres connectés imaginés par la startup Auxivia (supportée par le Digital Launch Pad d’OVH) en collaboration avec le personnel soignant d’Ehpad pour veiller à l’hydratation des personnes âgées.

Une démarche que Sylvie Poulette valide : « La création de nouveaux objets connectés de santé comme de toute application mobile ou dispositif de santé numérique doit passer par une démarche de coidéation, coconception et codéveloppement centrée sur les utilisateurs (public et corps médical susceptible de conseiller ou prescrire lapplication ou objet, sil sagit dun DM) et doit fournir a minima des preuves de son aptitude à lutilisation (efficacité, efficience et satisfaction).”

Des objets connectés bientôt intégrés dans le parcours de soin ?

Si le processus certification peut être chronophage (jusqu’à 2 ou 3 ans) pour les startups qui se lancent dans l’objet connecté à visée médicale, il est néanmoins indispensable pour pouvoir être prescrit par un professionnel de santé : « Cette certification DM est une preuve d’efficacité et de sécurité, un véritable gage de confiance vis-à-vis du corps médical. Il donne le droit de revendiquer les intentions médicales visées et de prétendre à une potentielle prise en charge par la Sécurité sociale et les complémentaires santé. » Et s’ajoute à la certification des objets eux-mêmes la nécessité de recourir à une solution d’hébergement agréée pour héberger les données de santé (HDS), telle que la solution OVH Healthcare.

La liste d’objets agréés pour le suivi de pathologies chroniques s’étoffe chaque mois : tensiomètre, glucomètre, électrocardiogramme (ECG)… la liste est déjà longue. Grâce à ces dispositifs médicaux agréés, de nombreux patients vont pouvoir bénéficier d’un suivi plus fiable et facile à domicile. Une bonne nouvelle également pour les médecins, qui pourront se concentrer sur leur cœur de métier lors des consultations, le suivi et l’analyse des mesures quotidiennes étant en grande partie délégués aux plateformes qui récoltent les données des capteurs. Lesquelles sont capables de produire une synthèse avant une consultation, ou de prévenir le médecin en cas de modification alarmante des constantes du patient entre deux rendez-vous.

Au-delà de la certification, le succès de ces objets connectés de santé passera forcément par une sensibilisation des professionnels de santé, qui pourront conseiller et prescrire ces dispositifs à leurs patients. Cécile Morvan, journaliste chez objetconnecte.com, va dans ce sens : « Lunivers de la santé connectée reste encore très flou pour nombreux professionnels de santé. Dans un premier temps, il faut faire connaître les technologies, les démocratiser et faire de la pédagogie, en sadressant notamment à lun des premiers acteurs de la santé sur le terrain : le pharmacien»

Alors oui, la santé est probablement un nouvel eldorado pour les objets connectés. Il n’est pas le seul (les débouchés dans l’industrie 4.0 sont également colossaux). Et il ne sera pas simple de s’y faire une place. Mais c’est le moment d’y aller !

Responsable conformité OVH Group