#FinTech : Morning, la startup qui veut faire sauter la banque et libérer votre argent

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À Saint-Élix-le-Château, en pleine campagne à 50 kilomètres de Toulouse, Éric Charpentier et son équipe sont en train de réinventer la banque. « Ne vous fiez pas à nos T-shirts sérigraphiés et à nos sweats à capuche, nous sommes des banquiers ! », lance-t-il, goguenard, avant d’expliquer que la révolution promise par Morning n’est pas seulement vestimentaire : « Nous ne sommes pas les banquiers que vous détestez. Nous sommes ceux que vous allez aimer. » Explications sur cette néo-banque, hébergée sur le Private Cloud d’OVH.com

Morning veut réveiller la banque et bousculer le secteur grâce au cobanking. La startup vise 100 000 utilisateurs fin 2016.

« La banque traditionnelle a raté le virage de l’économie collaborative »

De récentes études le démontrent, la consommation collaborative n’est pas un effet de mode (1). Qu’il s’agisse d’échanger de petits services, de revendre des objets sur leboncoin.fr, de louer son appartement ou sa voiture, ces nouvelles façons de consommer, qui mettent en relation des particuliers via Internet, montent en puissance. « Dans un certain nombre de cas, les transactions se soldent par la remise d’un billet, de la main à la main. Mais quand le vendeur est à Toulouse et l’acheteur à Roubaix, c’est plus problématique : qui, le premier, va envoyer le chèque ou l’objet ? Et je ne parle même pas de faire un virement, lequel nécessiterait que vous appeliez votre banquier, un jour ouvré, pour qu’il autorise l’ajout d’un nouveau bénéficiaire. Enfin, sur ce type de transactions, il y a aujourd’hui très peu d’assurances et de garanties. » Quand on songe à l’inventaire à la Prévert des situations prises en charge par l’assurance attachée à une carte bancaire, de la casse sur l’électroménager au rapatriement en cas d’accident pendant un voyage à l’étranger, en passant par la perte de ses clés de maison, on se dit qu’en effet, la banque traditionnelle est peut-être passée à côté de quelque chose.

Du paiement entre particuliers au « cobanking »

Morning , qui s’appelait Payname avant de changer de nom le 3 juin dernier, a d’abord lancé en 2014 un service de paiement pour sécuriser les achats entre particuliers, avant d’y ajouter une solution spécifiquement adaptée aux prestations de services : « Imaginez que je vienne chez vous réaliser un petit dépannage informatique. Deux solutions : vous me réglez avec un billet, ou alors on fait ça dans les règles de l’art et on déclare la prestation. Une démarche que nous avons simplifiée au maximum, puisque nous nous chargeons pour vous de reverser les cotisations à l’URSSAF. Certes, vous paierez un peu plus cher, mais vous aurez aussi le droit à une réduction d’impôt à la fin de l’année. À vous de voir ! En tout cas, nous aurons tout fait pour vous encourager à adopter la voie légale ! »
Adossé à ce système de paiement, Morning a ensuite créé un système de cagnotte en ligne. Conçues pour financer le cadeau de départ d’un collègue ou le cadeau d’anniversaire du grand-père, les cagnottes en ligne ont rencontré un grand succès ces dernières années. Elles sont en train de muter vers un modèle de « crowdfunding personnel », observe Éric Charpentier : « On voit de plus en plus de cagnottes qui servent, avec le soutien des proches, à financer de véritables projets : achat d’une voiture, travaux dans la maison… Si on y réfléchit, on parle là de projets traditionnellement financés par les banques ! ».
Pour offrir gratuitement ses services aux particuliers (et ainsi se faire connaître du plus grand nombre), Morning a développé une gamme de solutions d’encaissement destinées aux professionnels au sens large : autoentrepreneurs, petits (e)commerçants, associations. « En fait, ceux à qui la banque aujourd’hui facture très cher ses services, au seul motif qu’ils sont des professionnels et en dépit de leur situation financière. Nous leur proposons des solutions clé en main et sécurisées, personnalisables et surtout sans frais fixes, avec une faible commission de 1,6% HT par transaction. » Des solutions qui n’ont pas tardé à intéresser les propriétaires de gîtes, ou les associations par exemple, lesquelles y ont trouvé un moyen d’échapper, pour un coût dérisoire, à la corvée annuelle de l’encaissement des chèques de renouvellement d’adhésion. Les commerçants itinérants, capables de transformer n’importe quel smartphone en terminal de paiement, se sont également laissé séduire. « Finalement, une fois qu’on propose tous ces services, on n’est pas loin de quelque chose qui s’appelle la banque », feint de découvrir Éric Charpentier, qui ne comptait évidemment pas s’arrêter en si bon chemin.

« Les banques séquestrent l’argent, nous allons le libérer en redonnant le pouvoir aux utilisateurs ! »

Ce qu’il manquait à Payname, plusieurs fois qualifié de « PayPal français », pour devenir une banque ? Le 19 mai dernier, un participant de l’ OVH World Tour de Toulouse, interpellant Éric Charpentier avec un brin de malice dans la voix, l’a parfaitement formulé : « C’est génial tout ça, mais comment fait-on pour récupérer le pognon ? ». Jusqu’alors, il était indispensable de rapatrier l’argent dans une « vraie » banque pour s’en servir. « Sauf que dans les banques, votre argent est séquestré, explique Éric Charpentier, en forçant un peu le trait pour bien se faire comprendre. Pour y avoir accès, il faut passer par des agences, par des conseillers qui ont souvent quelque chose à vous vendre… ». Voilà pourquoi l’idée de devenir une banque a germé : « Nous voulions devenir une banque décentralisée, où l’utilisateur gère son argent de manière autonome et désintermédiée. Une néo-banque, entièrement décorrélée du monde de la finance spéculative auquel les banques traditionnelles sont intrinsèquement liées, pour aller vers un nouveau paradigme de banque. » Une banque collaborative, avec pour créneau le cobanking, un concept que Morning documente à travers la « Revue du cobanking », dont elle est à l’origine et qui décrypte les usages bancaires appliqués au domaine du collaboratif.
Parce qu’on lui a dit que ça allait être long et compliqué, la motivation d’Éric Charpentier a été décuplée au moment où les autorités de régulation (ACPR) lui ont imposé d’obtenir un agrément « Établissement de paiement » pour poursuivre son activité. Un agrément bancaire qu’il l’a obtenu haut la main, en neuf mois seulement – un record ! Et qui lui permet d’aller plus loin, en proposant dès octobre 2016 des cartes de paiement et donc de véritables comptes bancaires, avec un IBAN, la possibilité de mettre en place des prélèvements, plus une flopée de services innovants, qui revisitent totalement l’expérience bancaire. « Si vous égarez votre carte bancaire aujourd’hui, que faites-vous ? Vous appelez votre banque, pour faire opposition, et cette opération est facturée. Puis vous retrouvez votre carte, qui était en fait dans la poche du pantalon que vous portiez hier. Dommage, l’opération est irréversible ! Il ne vous reste plus qu’à attendre de réceptionner votre nouvelle carte… Ce que nous allons proposer, dans un tel cas, c’est la possibilité de “mettre en pause” votre carte, depuis une interface accessible sur votre ordinateur ou votre mobile. Gratuitement, bien sûr, et avec un effet immédiat. Si vous retrouvez votre carte, vous pourrez la réactiver tout aussi simplement. » De la même manière il sera possible de bloquer son compte pour éviter tout découvert, de voir apparaître ses dépenses en temps réel sur son mobile et d’agir directement sur elles (partager avec ses collègues l’addition du restaurant que l’on vient de régler, l’affecter à un autre compte bancaire, etc.), d’activer ou non le paiement sans contact, de choisir le code de sa carte… En outre, en partenariat avec la MAIF, qui a fourni 4 des 5 millions de la dernière levée de fonds de la startup (mai 2015), Morning compte proposer de nouveaux types d’assurance couvrant les achats d’occasion entre particuliers. « Une néo-banque, résume Éric Charpentier, c’est une banque plus proche des attentes des consommateurs. »

L’objectif de Morning : devenir votre deuxième banque

Parce que Morning n’a pas vocation à proposer de crédits, immobiliers, auto ou à la consommation, ou encore de produits financiers, Éric Charpentier n’a pas pour ambition de siphonner la clientèle des banques traditionnelles – ce qui n’empêche pas ces dernières d’observer les faits et gestes de l’énergique impétrant d’un œil un peu inquiet, et même de lui faire des propositions de temps à autre. Qu’il rejette évidemment, parce qu’il n’a encore écrit que le début de l’histoire de Morning. « Certes, nous avons de l’ambition. Mais les banques ne doivent pas nous considérer comme une menace. Étant donné la taille de notre projet – nous visons 100 000 utilisateurs et 15 000 cartes bancaires émises fin 2016 – c’est totalement disproportionné ! Notre objectif, c’est de devenir votre deuxième banque. » Si les banques traditionnelles n’ont pas à craindre une fuite massive de l’argent de leurs clients chez Morning, ce n’est donc pas entièrement imputable au syndrome de Stockholm ! « Notre projet fait bouger les lignes et challenge le modèle bancaire traditionnel, tout comme les projets d’autres acteurs tels que Number26 en Allemagne ou Younited Credit (ex Prêt d’Union), qui fut le pionnier français du crédit entre particuliers. Les banques aujourd’hui cherchent à innover, mais elles ont un handicap : leur taille. Elles se questionnent sur leur modèle, mais doivent aussi régler des questions managériales et composer avec des systèmes d’information en place depuis de longues années. Notre avantage, en tant que startup, est de pouvoir réaliser l’impossible du jour au lendemain. » Un atout qui doit à la taille humaine de l’entreprise, mais aussi à des choix technologiques audacieux, puisque Morning a choisi le Private Cloud d’OVH.com pour héberger une architecture microservices exploitant Docker, laquelle lui procure l’agilité dont elle a besoin pour innover rapidement. « Le Private Cloud nous apporte la souplesse du Cloud, avec des ressources à la demande, dans un environnement sécurisé, explique Jean-Marc Jost, CTO de Morning. Les microservices augmentent encore cette souplesse, en facilitant l’automatisation, le déploiement continu du code, la scalabilité, tout en augmentant la résilience de l’infrastructure. » [Voir encadré]

Une entreprise soucieuse de sa responsabilité sociale

Réaliser l’impossible semble tenir lieu de feuille de route chez Morning. Alors, pour offrir des conditions de travail idéales à ses collaborateurs (50 aujourd’hui, 120 prévus fin 2017), Éric Charpentier a imaginé un véritable campus qui comprendra à terme un espace de coworking, une crèche, une salle de sport, une salle polyvalente… De quoi inscrire son projet dans une véritable stratégie de développement territorial, puisque la startup n’apporte pas seulement des emplois à Saint-Elix-le-Château, mais aussi des équipements que la collectivité pourra utiliser, ainsi que… l’Internet haut débit ! « Pour cela, il nous a fallu tirer nous-mêmes un peu plus de dix kilomètres de fibre », détaille celui qui se passionne pour tout ce qu’il entreprend, y compris pour l’équipe cycliste professionnelle qu’il a constituée (le team Morning) et dont il suit attentivement les résultats.
Chimiste de formation, et titulaire d’un master de sociologie, Éric Charpentier semble avoir trouvé la formule pour libérer le potentiel de ses collaborateurs, tout aussi engagés que lui dans ce projet de néo-banque. « Après l’argent, c’est l’entreprise que j’ai libérée ! », dit celui qui a beaucoup appris de ses précédentes expériences entrepreneuriales et tient beaucoup à l’autonomie et au bonheur de ses salariés (2). Le campus de Morning, inauguré le 3 juin dernier, s’appelle le « Toaster ». Officiellement, le nom est un clin d’œil au projet de l’entreprise, qui est de « faire sauter la banque ». Mais rien n’interdit d’y voir un pied de nez à la fameuse loi de Murphy, car on n’imagine pas les tartines d’Éric Charpentier capables de tomber du mauvais côté.

(1) Lire notamment « Enjeux et perspectives de la consommation collaborative »
(2) Lire à ce sujet Comment je suis devenue chief happiness officer , LesÉchos.fr, 15 décembre 2015.

Copywriter at OVH.