De la tôle au serveur connecté (1)

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Avec mes équipes, nous gérons les infrastructures sur lesquelles s’appuie l’activité d’OVH. Nous concevons et déployons les datacenters, les serveurs et le réseau. À travers cette série d’articles de blog, je vous propose de découvrir le « cœur de la matrice » et de mieux comprendre comment fonctionne notre modèle. Pour démarrer, je vais simplement vous raconter une histoire, celle d’un gars du Nord parti travailler dans la Silicon Valley avant de rejoindre OVH.

Je suis arrivé chez OVH il y a un an en juillet 2017 après 12 ans chez Google, dont 5 au siège dans la Silicon Valley à développer les infrastructures du leader mondial des moteurs de recherche. Ma passion, ce sont les réseaux de fibre, les datacenters, les machines, l’énergie à l’échelle industrielle.

De Mountain View à Roubaix Valley

Vous vous demandez peut-être ce qui pousse un Global Infrastructure Director de Google à rejoindre OVH ? Pour être franc, si on m’avait dit qu’un jour je reviendrais dans le Nord, je ne l’aurais pas cru. Je viens de cette région. Un « tech » parti réaliser son rêve en Californie. Et en 2005, me voilà au siège de Google. En parallèle, je suis l’aventure d’OVH et d’Octave, via les nombreuses informations publiques sur le site principal et les tâches travaux. On peut dire que j’ai la fibre OVH, que je suis « OVH compatible ». En 2005, j’aidais Google à choisir ses équipements optiques et je me suis rendu compte via ces informations qu’Octave faisait les mêmes choix. Depuis la Silicon Valley, je voyais OVH grandir et devenir un acteur majeur du numérique. L’entreprise affichait ses ambitions de devenir un leader européen du cloud. Alors, quand l’occasion s’est présentée, j’ai regardé cela de plus près.

Intégration maximale

C’est quand j’ai effectué une visite complète du site roubaisien d’OVH que j’ai vu le niveau d’intégration, depuis la production des serveurs jusqu’à leur connexion dans les datacenters, que j’ai vraiment pris la mesure de ce que représentait OVH et de ce qu’Octave avait déjà bâti. Tout était là, concentré au même endroit : conception, déploiement, gestion de datacenters, assemblage des serveurs en France et au Canada, développement et opération de son propre réseau backbone. L’intégration est poussée à l’extrême, je n’avais jamais vu ça ailleurs. Nous savons aussi créer nos propres baies à partir de la tôle que nous découpons sur place, grâce à nos équipements. Cette première visite a été décisive pour moi. J’ai immédiatement compris les bénéfices que l’on peut en retirer pour nos clients. Qu’OVH bâtisse et exploite ses propres datacenters, c’est assez connu. Qu’il assemble ses propres machines et qu’on puisse suivre le trajet de la tôle au serveur connecté en datacenter, ça l’est moins, mais là est notre force.

Le premier bénéfice de notre modèle est évidemment une réduction des coûts de A à Z. La maîtrise de tous les éléments de la chaîne nous permet bien sûr de choisir et contrôler tous nos équipements et leurs moindres composants tout en faisant des économies d’échelle considérables. Mais posséder une telle maîtrise procure aussi et surtout une grande agilité.

Quand un client désire que son serveur soit plus performant, possède plus de mémoire ou de capacités de calcul, il est possible de l’améliorer en temps réel. Nos techniciens en datacenter peuvent en effet intervenir directement sur le serveur. Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’un prestataire inscrive cette intervention à son planning. C’est l’une des grandes différences avec la plupart de nos compétiteurs. Nous savons faire preuve d’une réactivité incomparable.

C’est le même principe en matière de personnalisation des serveurs. Aucun autre fournisseur ne propose une gamme aussi étendue de modèles de machines, pour la simple raison qu’ils ne peuvent pas le faire de façon aussi agile qu’OVH.

Cette intégration verticale a également permis de pousser à un degré extrême l’automatisation des processus logistiques entre l’approvisionnement des serveurs en composants et la livraison des services aux clients. Tout a été conçu sur mesure, côté matériel comme logiciel, ce qui nous permet de livrer des machines en 120 secondes.

Nous possédons une capacité d’innovation accrue, rapide, intelligente à tous les niveaux de la chaîne de valeur, sur chacun de ses composants. Par exemple, nous utilisons des racks horizontaux, alors que toute l’industrie utilise des modèles verticaux. Pourquoi ? Ils sont beaucoup plus faciles à transporter avec des chariots motorisés en datacenter. L’innovation est portée par l’ensemble des métiers et par l’organisation elle-même, via des processus permettant à chacun de proposer son projet. Si l’idée d’amélioration d’un collaborateur est validée, elle est aussitôt déployée. Il est également possible de tester des idées, même celles sortant de l’ordinaire. Le watercooling en était une en 2002. Partout, le dialogue entre les différentes couches d’activité est facilité avec, au final, un gain d’efficacité colossal.

Industrialiser à l’échelle internationale

Deuxième atout majeur, OVH est en capacité de répliquer rapidement son modèle sur des marchés très différents les uns des autres. Le modèle de déploiement est là aussi unique en son genre. Pour commencer, toutes les compétences existent déjà en interne et les technologies ont déjà été éprouvées. Il « suffit » d’acquérir un bâtiment existant à proximité d’une connexion réseau d’OVH, de le réhabiliter et transformer en centre de données. Les serveurs sont d’abord testés et préconfigurés en usine. Ils sont ensuite livrés dans des baies, les baies horizontales mentionnées plus haut, tout prêts à être connectés. Il suffit de relier les câbles électriques, ainsi que le réseau du watercooling.

Pour l’anecdote, quand je suis arrivé, je me disais que mon intitulé de poste aurait plutôt dû être Chief Infrastructure Officer, comme dans la majorité des entreprises similaires. Mais en apprenant à connaître davantage OVH, je me suis rendu compte à quel point l’aspect industriel est primordial pour l’entreprise.

Notre nouveau modèle de baie nous donne une grande agilité et participe à faire que nos datacenters ne ressemblent à aucun autre.

Comparé à de nombreux opérateurs de centres de données qui déploient d’entrée de jeu des bâtiments importants, le modèle défini par OVH propose une grande modularité et permet de déployer de petits datacenters. Il devient alors possible de tester de nouvelles localisations, d’aviser et d’évoluer en fonction du marché local. Et en termes capitalistiques, le datacenter peut générer ses premiers revenus en quelques mois, ce qui constitue un délai extrêmement rapide.

À titre personnel, travailler sur toute la chaîne à cette échelle représente une opportunité à la fois unique et incroyablement intéressante. Et qu’une entreprise française soit capable de faire ça depuis Roubaix, c’était trop alléchant pour un enfant de l’infrastructure physique comme moi.

Christophe Thibaut, Jean-Baptiste Daoudal, François Sterin et Guillaume Hochart (de gauche à droite).

Et l’humain dans tout ça ?

Il y a aussi un esprit, le fameux mindset OVH. L’histoire de l’entreprise s’appuie sur le bassin d’emploi local qui a subi la crise de plein fouet. Les collaborateurs sont d’une loyauté qui est plutôt rare ailleurs. Il n’est pas question d’esprit volatil comme en Californie, où les gens sont là uniquement pour faire carrière. Ici, il y a un projet commun et un esprit familial, avec de la convivialité, de la proximité. Et ceci est encore plus vrai dans la partie industrielle. Les collaborateurs sont fiers de leur travail et de ce que fait l’entreprise, le taux d’engagement de 95 % en témoigne. Il n’y a pas vraiment de hiérarchie formelle, tout le monde est très direct, et nous travaillons tous comme une seule équipe. J’ai été impressionné par la solidarité entre services.

Pour continuer à bénéficier de toute l’intelligence déployée dans l’infrastructure, nous avons des défis à relever, car nous avons grandi très vite : solidifier nos fondations, améliorer l’environnement de production et gérer l’obsolescence de l’infrastructure. Pour la production de serveurs, nous sommes en train de passer à l’usine 4.0. Dans le courant de l’été, nous déménageons la production de Roubaix à Croix dans de nouveaux locaux, toujours dans la métropole lilloise. Nous en profitons pour nous doter de nouveaux équipements à la pointe de la technologie, notamment concernant la gestion du stock ainsi que sur les postes de travail. Du côté des datacenters, après les incidents de l’automne, nous avons mis en place un plan d’action rigoureux. Et, après le lancement d’OVH US, nous envisageons notre plan de déploiement de manière raisonnée, en mode « croissance on Demand », « Datacenter and Network as a Service ».

Chez OVH, mon ambition est de contribuer à construire une plateforme numérique de classe mondiale, innovante et agile, tout en restant efficace d’un point de vue économique et énergétique. Grâce à cela, nous pouvons soutenir nos services de manière transparente et pratiquement invisible pour nos clients. Les prochains articles vous feront entrer plus en détail dans la production des serveurs, les datacenters et nos innovations.

Chief Industry Officer