Avec Les Croissants, prenez les commandes de votre matinale radio !

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On le sait désormais, laisser les algorithmes personnaliser l’accès à l’information peut conduire à un isolement intellectuel et culturel des internautes, comme l’a théorisé le militant Eli Pariser à travers le concept de « bulle de filtres »(1). Et pourtant, dans une époque marquée par la surabondance d’informations – l’infobésité – nous n’avons jamais tant eu besoin d’opérer un tri pour nous informer correctement. À cette équation complexe, Stanislas Signoud apporte une réponse originale avec Les Croissants. Une « matinale radio personnalisée » qui combine intelligemment algorithme et choix éditoriaux.

 

 

Adepte du média radiophonique, Stanislas Signoud était « frustré d’écouter toujours les mêmes matinales, assez similaires d’une station à l’autre, saturées de publicités et remplies de sujets éloignés de [ses] centres d’intérêt ». Le rêve de cet ingénieur-développeur de formation, passé par Trainline et Radiokawa ? « Une émission quotidienne qui s’adapte à mes goûts, associant actualités nationales, locales et chroniques pointues sur les sujets qui me tiennent à cœur, par les gens que j’aime lire sur Internet et qu’on entend trop peu à la radio. » Un podcast alors ? « Oui, d’ailleurs c’est un format qui séduit de plus en plus. Sauf qu’ici l’émission est personnalisée en fonction de l’auditeur, et elle est livrée chaque matin avec des infos fraiches, pour se substituer au rituel de la matinale radio qui vous accompagne en début de journée. »

Une émission à la demande, créée sur mesure pour chaque auditeur

 

Avec l’aide de Corentin Benoit-Gonin, journaliste ayant déjà un pied dans l’univers du podcast, il concrétise ce projet en 6 mois seulement et lance officiellement Les Croissants en janvier 2018, après quelques semaines d’un bêta-test qui a attiré plus de 800 utilisateurs. Un démarrage prometteur, couronné par une victoire à l’issue de l’appel à projets #LeTankMédia, dont l’objectif est de « faire émerger une génération de médias digital natives » (un concours qui comptait également parmi ses finalistes l’excellent projet Les carnets de Kaïa ).

Cette « matinale radio intelligente », pour reprendre les termes de Stanislas, prend donc la forme d’un podcast sur mesure, balayant l’actualité quotidienne à travers un flash d’informations généralistes et une succession de chroniques. Une émission à la demande, qui s’adapte aux centres d’intérêt de l’utilisateur, mais aussi à sa localisation géographique (pour la météo, l’agenda ou encore les actualités locales).

Pour réaliser chaque jour cette prouesse technique et éditoriale, des dizaines de « sons », chroniques et rubriques de journal, sont enregistrés chaque après-midi, couvrant un grand nombre de thématiques : politique, écologie, culture, actualité internationale… Ces « segments » sont produits par une dizaine de journalistes provenant d’horizons variés, de Lucie Ronfaut (Le Figaro) à Marie Turcan (Business Insider), en passant par Pierre-Alexandre Rouillon (Canard PC) ou Geoffroy Husson (Tom’s Guide). « Ces segments sont assemblés chaque nuit à l’aide d’un algorithme maison, explique Stanislas, et le son est traité de sorte à obtenir une ambiance homogène – comme celle d’une « vraie » matinale radio. Relinéariser le délinéralisé, voilà le défi technique ! » Le tout est livré à l’abonné, à l’heure de son choix, via une application mobile (iOS ou Android). Il peut alors écouter « sa » matinale à n’importe quel moment, depuis n’importe où et même hors ligne. « Le plus souvent, nos abonnés écoutent Les Croissants pendant leur trajet domicile – travail. Certains pensent que nous allons jusqu’à personnaliser la durée du podcast en fonction de leur temps de trajet, s’amuse Stanislas. En réalité, nous nous sommes calés sur la durée moyenne du trajet domicile-travail, qui est de 20 à 25 minutes en France »

Trouver le bon équilibre entre choix techniques et choix éditoriaux pour ne pas enfermer les auditeurs dans leur bulle cognitive

 

Lors de la première utilisation, l’utilisateur sélectionne les thèmes qui l’intéressent et peut-être géolocalisé s’il le souhaite. Puis, à chaque écoute, il a la possibilité de notifier Les Croissants qu’il a aimé ou non les chroniques entendues. À partir de ces informations, l’algorithme écrit par Stanislas effectue des corrélations entre l’auteur de la chronique, son sujet, le ton du journaliste, etc. pour affiner la composition des matinales suivantes en fonction du feedback collecté, si modeste soit-il. « Le principe de base n’est pas nouveau : il s’agit d’un algorithme de suggestion. Mais, à ma connaissance, personne n’avait encore eu l’idée de l’appliquer à ce cas d’usage particulier. » Cela a bien sûr nécessité quelques adaptations. « Aujourd’hui, l’algorithme analyse les entités nommées qu’il identifie dans le texte écrit des chroniques, remis par les journalistes. Demain, nous pourrions envisager d’exploiter des fonctionnalités de reconnaissance vocale, par exemple pour proposer plusieurs versions de l’interview d’un invité en fonction de l’appétence de chaque auditeur pour la politique, les sujets économiques ou plutôt ceux de la vie quotidienne. » Il n’est toutefois pas exclu de demander un retour plus qualitatif, à travers un questionnaire, aux abonnés – plus d’un millier à ce jour. Car chez Les Croissants, l’algorithme est un outil. Pas un rédacteur en chef. Les débats entre Corentin Benoit-Gonin, qui occupe ce poste, et Stanislas Signoud, qui a les mains dans la technique, sont d’ailleurs passionnants.

Chez Les Croissants, l’algorithme est un outil. Pas un rédacteur en chef.

« Le tri de l’information, nous l’avons sous-traité, sans parfois même nous en rendre compte, aux réseaux sociaux et moteurs de recherche, devenus les principales voies d’accès à l’information» Or, cette intermédiation technique n’est pas neutre. On n’en finit pas de découvrir les biais dans les algorithmes, et même leur manque de loyauté envers les utilisateurs quand ils exploitent des « vulnérabilités humaines » (comme le confesse lui-même un ancien président de Facebook) pour, par exemple, maximiser le temps passé par l’utilisateur sur telle ou telle plateforme. C’est pourquoi le binôme veille à ne pas enfermer ses auditeurs dans leur bulle cognitive, et n’hésite pas à reprendre la main sur l’algorithme qui par nature a tendance à réduire le champ de l’information aux seuls sujets de prédilection de l’utilisateur. « Quand nous jugeons une information importante, elle est diffusée à tous. L’algorithme aide à trier et hiérarchiser, mais nous laissons une place dans la programmation pour des contenus qui peuvent surprendre l’auditeur, lui faire découvrir un sujet vers lequel il ne serait pas allé spontanément. »

Technologies à la pointe et cas d’usage typique du Public Cloud

 

L’algorithme de suggestion de Stanislas, s’appuyant sur un réseau neuronal, traite une dizaine de paramètres par segment, et manipule entre 30 et 80 segments par émission. Soit environ 5 000 paramètres par utilisateur et par émission pour aboutir à une personnalisation efficace. « Les traitements batch que nous effectuons chaque nuit nécessitent donc de la puissance de calcul. Nous recourons pour cela à des instances Public Cloud, que nous allumons en début de soirée et qui s’éteignent une fois les traitements effectués, si bien que nous les payons selon l’usage réel. » Il faut par ailleurs stocker les multiples sons enregistrés par les journalistes, puis les émissions produites – une par utilisateur. « L’object storage est idéal pour cela, sécurisé, hautement disponible, simple à utiliser et scalable à l’infini. Si demain nous avons 100 000 abonnés, les coûts augmenteront en proportion, mais pas la complexité technique de l’infrastructure. »

Du reste, Les Croissants recourent à quelques serveurs dédiés pour héberger les applications mobiles et web, codées avec les dernières technologies : Elixir avec le framework Phoenix pour les serveurs applicatifs frontaux, Ruby on Rails pour le back-office, des processus Python pour la génération des émissions et des clients mélangeant Kotlin, Swift et JavaScript pour les applications Android et iOS.

« Nous avons testé tester plusieurs fournisseurs de Cloud, et OVH fait partie de ceux que nous avons retenus. Pour sa fiabilité, ses tarifs transparents, mais aussi et surtout en raison d’un argument qui parle de plus en plus aux développeurs : l’absence de verrous technologiques. Le Public Cloud d’OVH s’appuie sur OpenStack, un standard qui permet la réversibilité. C’est le début de l’aventure, nous ne voulons pas renoncer à notre liberté en nous engageant à vie avec un fournisseur. » Qui plus est, OVH est un acteur français. « Notre service est français, et la majorité de nos abonnés sont français ; il est naturel que nous cherchions à héberger leurs données sur le territoire national. » Une philosophie qui résonne à « croissants pour cent » avec la récente campagne lancée par OVH sur le thème #ReprenezLeContrôle.

 


(1) The Filter Bubble (« la bulle filtrante », Penguin Books, 2011)
En savoir plus :  Sur Internet, l’invisible propagande des algorithmes, par Par Frédéric Joignot dans Le Monde Idées le 15 septembre 2016.

 

Copywriter at OVH.